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26 septembre 2017
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Le baptême à l’école de Saint Jean Eudes

Père René-Jacques Traonouïl, eudiste

Conférence de Carême – Jeudi 10 mars 2011 par le

A l’époque de Saint Jean Eudes (sous Louis XIII et Louis XIV), tous les sujets du Royaume de France ont été bap­ti­sés bébés mais ils igno­rent ce qu’est le bap­tême, alors notre prêtre mis­sion­naire va le leur expli­quer dans 3 ouvra­ges :

« La vie et le Royaume de Jésus dans les âmes chré­tien­nes » (1637) « Le contrat de l’homme avec Dieu par le Saint Baptême » (1654) « Les entre­tiens inté­rieurs de l’âme chré­tienne avec son Dieu » (1662)

Avec Saint Jean Eudes, nous allons abor­der le bap­tême sous l’aspect du contrat. Ce thème du contrat est tra­di­tion­nel ; on le retrouve chez les Pères de l’Eglise du 4è siècle : saint Grégoire de Naziance, saint Cyrille de Jérusalem, saint Jean Crysostome. Saint Jean Eudes com­mence par expli­quer avec enthou­siasme quelle alliance mer­veilleuse crée ce contrat : « Par un excès inconce­va­ble d’amour, le Fils de Dieu a voulu nous faire entrer dans une société mer­veilleuse avec lui et avec son Père… Or, c’est par le Contrat que nous avons fait avec Dieu en notre Baptême, que nous sommes entrés dans cette sainte alliance. Alliance la plus noble, la plus étroite et la plus avan­ta­geuse qui puisse être. Alliance non pas seu­le­ment d’un ami avec son ami, d’un frère avec son frère, d’une épouse avec son époux ; mais d’un membre avec son chef, qui est la plus intime de toutes les allian­ces. Alliance et union si excel­lente, que l’union des sar­ments avec le cep de la vigne, de la greffe avec l’arbre sur lequel elle est entrée, et des mem­bres d’un corps humain avec leur tête, n’en est que l’ombre et la figure. Alliance qui est comme la conti­nua­tion, l’exten­sion, et l’imi­ta­tion de l’inef­fa­ble alliance de l’huma­nité sacrée du Sauveur avec sa per­sonne ado­ra­ble. Alliance cimen­tée par le pré­cieux Sang de Jésus-Christ. Alliance dont le Saint Esprit, qui est l’unité du Père et du Fils, est le lien divin. Alliance si admi­ra­ble, qu’elle mérité d’être com­pa­rée par le Fils de Dieu même avec l’unité qui est entre lui et son Père éternel… De sorte que l’unité du Père et du Fils est l’exem­plaire et le modèle de l’union que vous avez avec Dieu par le Baptême ; et cette même union est l’image vive de cette ado­ra­ble unité. O union incom­pa­ra­ble ! O société inef­fa­ble ! O alliance admi­ra­ble ! O gran­deur très sublime de la Religion chré­tienne ! O sain­teté, ô dignité inex­pli­ca­ble du Baptême ! O saint et sacré Contrat de Dieu avec l’homme et de l’homme avec Dieu ! O incom­pré­hen­si­ble bonté de Dieu ! O inconce­va­ble bon­heur de l’homme ! Oh ! Combien Dieu est-il abaissé et humi­lié par cette alliance ! Oh ! Combien l’homme y est-il relevé et glo­ri­fié ! »

Et puis vien­nent les enga­ge­ments mutuels de ceux qui ont fait ce contrat. Ce n’est pas une alliance à parité : il y a un grand déca­lage entre les obli­ga­tions de Dieu et celles de l’homme. Il y a d’abord les enga­ge­ments du Père : « Le Père éternel vous ayant fait l’hon­neur de vous rece­voir en société avec lui par le Baptême, comme l’un de ses enfants et comme l’un des mem­bres de son Fils, il s’est obligé à vous regar­der du même oeil, à vous aimer du même cœur et à vous trai­ter avec le même amour dont il regarde, aime et traite ce même Fils ; puis­que vous n’êtes qu’un avec lui, comme le membre n’est qu’un avec son chef. Ce qui fait dire à Notre Seigneur par­lant à son Père de ceux qu’il lui a donnés pour être ses mem­bres : Je leur ai fait connaî­tre ton nom, afin que tu les aimes du même amour que tu m’aimes (J, 17, 26). Et un peu aupa­ra­vant, il lui dit : Tu les as aimés comme tu m’as aimé (Jn 17,23). Voulez-vous voir les effets pro­di­gieux de cet amour du Père céleste vers vous ? Voyez les dons iné­nar­ra­bles qu’il vous a faits, lorsqu’il vous a reçu en son alliance par le sacre­ment du Baptême. Premièrement, il a mis sa grâce dans votre âme, dont le moin­dre degré vaut mieux que tous les empi­res de la terre. Ensuite, il y a mis la foi, qui est un don inconce­va­ble ; l’espé­rance qui est un trésor sans prix ; la cha­rité, qui est un abîme de biens ines­ti­ma­bles ; toutes les autres vertus, tous les dons et tous les fruits du Saint-Esprit, et toutes les béa­ti­tu­des évangéliques. Et ce qui est bien plus, c’est qu’il s’est donné lui-même à vous avec son Fils et son Saint Esprit, et est venu faire sa demeure dans votre cœur. Et, si vous ne l’en avez point chassé, il y a tou­jours demeuré, selon cette pro­messe de la Vérité éternelle : Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera : et nous vien­drons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui (Jn 14, 23). Et depuis ce temps-là, ses yeux pater­nels ont tou­jours été fixés sur vous, selon ces paro­les : je gar­de­rai les yeux fixés sur toi (Ps 31, 8) ; son esprit a été conti­nuel­le­ment occupé à penser à vous ; son cœur a été per­pé­tuel­le­ment appli­qué à vous aimer ; sa puis­sance, sa sagesse, sa bonté ont été sans cesse employées à vous pro­té­ger, vous conduire et vous faire une infi­nité de biens, tant cor­po­rels que spi­ri­tuels. Et, après tout cela il vous promet que, si vous êtes fidèle dans les conven­tions de votre Contrat, vous serez son héri­tier dans le ciel, et cohé­ri­tier de son Fils ; et que vous pos­sé­de­rez éternellement des biens si grands et si admi­ra­bles, qu’ils n’ont jamais été vus par aucun œil, ni enten­dus par aucune oreille, ni com­pris par aucun esprit. Voilà à quoi ce Père divin s’est obligé envers vous. »

Puis les enga­ge­ments du Fils : « Lorsqu’il vous a reçu en son alliance, comme l’un de ses mem­bres, le Fils s’est obligé à vous regar­der, aimer et trai­ter comme une partie de soi-même, comme os de ses os, chair de sa chair, esprit de son esprit, et comme celui qui n’est qu’un avec lui. Il s’est obligé à vous donner son Père éternel pour être votre Père : Je monte vers mon Père et votre Père (Jn 20, 17). Il s’est obligé à vous donner son Esprit et son Cœur divin, pour être l’esprit de votre esprit, et le cœur de votre cœur : Je vous don­ne­rai un cœur nou­veau. Je met­trai mon Esprit en vous (Ez 36, 26-27). Parce que vous êtes enfants de Dieu, il a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils (Ga 4,6). Il s’est obligé à vous donner sa très sainte Mère, la bien­heu­reuse Vierge Marie, pour être votre Mère : Voilà ta Mère (Jn, 19,27). Il s’est obligé à vous donner son Eglise, pour être encore votre Mère. Il s’est obligé à vous donner sa chair et son sang, dans la sainte Eucharistie, pour être la nour­ri­ture de votre âme : Je suis le pain de vie (Jn 6, 35). Ma chair est vrai­ment nour­ri­ture et mon sang est vrai­ment breu­vage (Jn 6,55). Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et me pos­sède en soi-même (Jn 6, 56). Il s’est obligé à vous loger et à vous faire rési­der et repo­ser éternellement dans le même lieu où il est, c’est-à-dire, non seu­le­ment dans le ciel, mais dans le sein et dans le cœur de son Père, qui est sa propre demeure : Mon Père, je veux que ceux que tu m’as donnés soient là où je suis (Jn 17, 24). Il s’est obligé à vous donner le même empire et la même gloire que son Père lui a don­nées : Je vous pré­pare le royaume que mon Père m’a pré­paré (Lc 22,29). Il s’est obligé à vous faire asseoir avec lui sur son trône, comme il est assis sur le trône de son Père (Cf. Ap 3,21). Il s’est obligé à vous donner son propre Nom, et à vous orner des plus excel­len­tes qua­li­tés que son Père lui a com­mu­ni­quées. Car il est Fils de Dieu : et ils seront appe­lés enfants de Dieu et le seront effec­ti­ve­ment (1 Jn 3, 1). Ne vous étonnez pas de toutes ces choses qui sont si gran­des et si admi­ra­bles. Car d’une puis­sance et d’une bonté infi­nies il faut atten­dre des effets infi­ni­ment rares et pré­cieux. Et puisqu’il a plu à votre Rédempteur de vous faire entrer dans une société si étroite avec lui, que lui et vous ne soyez qu’un, comme le chef et les mem­bres ne sont qu’un, il s’ensuit néces­sai­re­ment qu’il doit vous aimer comme soi-même, et que vous ne devez avoir qu’un même Père avec lui, une même Mère, un même Esprit, un même cœur, une même vie, une même demeure, un même royaume, une même gloire, un même trône et un même nom. Voilà, mon cher frère, les obli­ga­tions que votre Chef a voulu s’impo­ser au regard de vous, lorsqu’il vous a incor­poré avec lui comme l’un de ses mem­bres par le sain Baptême. Sachez qu’il s’appelle le fidèle et le véri­ta­ble (Ap 19, 11). »

Et puis vien­nent les enga­ge­ments du chré­tien : « Lorsque vous êtes entré en alliance avec Dieu par le contrat du bap­tême, vous vous êtes obligé à deux gran­des choses :

1. Vous avez promis, par la bouche de votre par­rain et de votre mar­raine, de renon­cer à Satan… 2. Vous avez promis d’adhé­rer à Jésus-Christ par la foi, par l’expé­rience et par la cha­rité ; c’est-à-dire de le suivre : … non pas seu­le­ment comme un ser­vi­teur suit son maître, mais comme un membre suit son chef… Ce qui fait dire ces belles paro­les à saint Grégoire de Nysse (335-394) : « Etre chré­tien, c’est n’être qu’un avec Jésus-Christ, et par consé­quent, c’est faire pro­fes­sion de vivre de la vie de Jésus-Christ ». Car, comme la vie du bras et une conti­nua­tion et exten­sion de la vie de la tête, ainsi la vie chré­tienne est une conti­nua­tion de la vie de Jésus sur la terre… Ce serait une chose très utile aux Chrétiens de renou­ve­ler les pro­mes­ses de leur bap­tême non seu­le­ment une fois par an, mais même tous les jours : « Je renonce à toi Satan ; et j’adhère à vous, Ô Jésus, mon Seigneur, mon Rédempteur, mon Chef et ma très chère Vie. »

Renoncer-adhé­rer : nous retrou­vons là le grand mou­ve­ment pascal ins­piré de Rm 6, 3-11, texte lu à la Vigile Pascale, mou­ve­ment qui dure toute la vie. Le terme « Renoncement » sonne mal aujourd’hui mais il a des équivalents : déta­che­ment, lâcher-prise, aban­don, dis­po­ni­bi­lité, ouver­ture. Le seul but visé, c’est l’atta­che­ment à Jésus. Jésus est lui-même le modèle et la source de l’esprit de renon­ce­ment qui est l’atti­tude du Fils par­fai­te­ment obéis­sant à son Père (Ph 2, 6-11). Connaissant les enga­ge­ments du Père et du Fils à notre égard, nous savons main­te­nant ce qu’est un chré­tien : « Etre chré­tien, c’est être enfant de Dieu et avoir un même père avec Jésus-Christ. » Le bap­tisé est donc au sens propre enfant de Dieu le Père –et non de Dieu-Trinité), car il est entré en rela­tion per­son­nelle de fra­ter­nité avec le Fils ; il est assi­milé au Fils ; il est chré­tien. En dis­tin­guant l’action du Père, du Fils et de l’Esprit Saint dans l’acte bap­tis­mal, saint Jean Eudes anti­ci­pait le Concile Vatican II qui pré­fère contem­pler Dieu dans l’action propre à chaque Personne plutôt que dans l’unité des Personnes divi­nes.

« Les trois per­son­nes divi­nes sont pré­sen­tes au saint bap­tême d’une manière par­ti­cu­lière : à le Père y est engen­drant son Fils en nous et nous engen­drant en son Fils, c’est-à-dire don­nant un nouvel être et une nou­velle vie à son Fils en nous, et nous don­nant un nouvel être et une nou­velle vie en son Fils. à Le Fils y est pre­nant nais­sance et vie dans nos âmes et nous com­mu­ni­quant sa filia­tion divine à raison de quoi nous sommes faits enfants de Dieu comme il est le Fils de Dieu ; à le Saint Esprit y est, for­mant Jésus dans le sein de nos âmes comme il l’a formé dans le sein de la Vierge. » (Royaume de jésus, p. 517).

Ainsi, le bap­tême est le fruit d’un acte d’amour tri­ni­taire : l’entrée dans l’Eglise cor­res­pond à l’entrée en com­mu­nion avec le Père, avec son Fils, dans l’Esprit Saint. La rela­tion de créa­teur à créa­ture devient rela­tion filiale. Et aujourd’hui, on ose affir­mer, avec les Pères du Concile Vatican II, que « l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la pos­si­bi­lité d’être asso­cié au mys­tère pascal » (Gaudium et spes, 22, 5).

A noter, pour ter­mi­ner, qu’à la Veillée pas­cale, aujourd’hui, on ne renou­velle pas des pro­mes­ses faites en notre nom quand nous étions bébé. Il est dit : « Renouvelons la renon­cia­tion à Satan que l’on fait lors du bap­tême, renou­ve­lons notre pro­fes­sion de foi au Dieu vivant et vrai et à son Fils, Jésus-Christ, dans la sainte Eglise Catholique. » Dans le rituel du bap­tême des petits enfants, révisé par Paul VI, parents et par­rains, mar­rai­nes, s’enga­gent à éduquer l’enfant dans la foi, pro­fes­sent leur foi per­son­nelle, mais ne font plus aucune pro­messe à la place du bébé lui-même.

René-Jacques Traonouïl

Découverte de notre église
Si, jusqu’en 1932 le territoire de notre paroisse fut rattaché à Notre-Dame de Bercy, l’urbanisation de notre quartier depuis 1860 nécessita rapidement la construction d’un nouveau lieu de culte. Un terrain fut acheté en 1927 par l’Archevêché – le Cardinal DUBOIS à l’époque, et son auxiliaire Mgr CREPIN - entre l’avenue Daumesnil et la rue Claude Decaen. La crypte de notre église fut inaugurée dès l’Ascension 1929. Elle fonctionna en chapelle de secours en attendant que l’église supérieure s’édifie. Par manque de subsides les travaux n’avancèrent que lentement. A la mort du Cardinal DUBOIS fin 1929, celui-ci fut remplacé par Mgr VERDIER, qui lança ses fameux CHANTIERS DU CARDINAL en 1932, et reprit la suite de la construction (...)
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